Ayleen, professeur des écoles

Si vous avez lu mon billet Vis ma vie d’instit, vous devez peut-être avoir une vision un peu plus éclairée et réaliste du métier de professeur des écoles. C’est un métier où la créativité et l’investissement sont indispensables. Un métier où la solidarité et le partage sont importants, notamment sur internet avec sa communauté de Profs blogueurs.

Que l’on soit enseignants, étudiants ou parents, ces blogs de Profs sont des mines d’or. On y trouve des conseils, des idées d’activités, des programmations, des séquences. Ce sont des personnes qui mettent à disposition gratuitement le fruit de leur travail, et quel travail !

Aujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter un coup de cœur dans l’univers des « Profs blogueurs ». L’invitée du blog est Ayleen de La tanière de Kyban. C’est la maitresse qu’on aurait voulu avoir, celle qu’on voudrait pour ses enfants ! Ses articles sont bien écrits, ses conseils aux nouveaux professeurs sont bienveillants et vous allez aimer mettre en place son rituel du jogging d’écriture (un moyen très efficace de faire écrire les enfants !)

Ayleen a gentiment accepté de répondre à mes questions, merci pour ta disponibilité !

Tanière Kyban

  • Qui est Ayleen de la tanière de Kyban ?

Je suis une professeur des écoles. Jusque là, j’ai eu l’occasion d’enseigner dans tous les niveaux allant du CP au CM1 mais j’enseigne aujourd’hui en CE2. Le cycle 2 est mon coup de cœur en élémentaire. J’apprécie chacun de ses trois niveaux. Je suis une enseignante comme une autre, avec des idées, des tentatives et des loupés (qui m’apprennent et m’invitent à m’améliorer), avec des questionnements incessants et la quête de réponses perpétuelle qui s’y associe en général. Sauf qu’à partir d’un moment, on se rend bien compte qu’on a besoin des autres pour avancer, et c’est là que le blog entre en jeu comme un espace de partage et d’échanges.

  • Est-ce que tu fais le « métier de tes rêves » ? As-tu toujours voulu enseigner ?

Oui et non. En un sens, j’ai toujours aimé l’idée d’enseigner. Petite, j’ai bien sûr eu d’autres idées qui sont entrées en concurrence : chanteuse, actrice, styliste, orthophoniste… mais c’est « professeur » qui a gagné et qui a, au fond, a toujours été un fil rouge dans mes recherches pour l’avenir.

Ce n’est pas le « métier des mes rêves » car, en réalité, ça n’a absolument rien à voir avec ce que je m’imaginais. D’abord, ça n’a rien à voir avec ce qu’était le métier de professeur quand j’étais moi-même élève. Ensuite, on a tendance à idéaliser ce métier avant d’y être et c’est ce qui fonde souvent la base de notre conviction (mais aussi parfois la désillusion). Ce n’est pas non-plus un « métier de rêve » car c’est en vérité un métier difficile, prenant et fatiguant.

Pourtant, c’est « mon métier idéal ». Je veux dire par là que j’y trouve tout ce dont j’ai besoin pour m’épanouir professionnellement et humainement. S’il y a bien quelque chose qui reste commun entre le métier tel que je le rêvais, et le métier tel que je le vis, c’est le contact avec les élèves. Ces enfants apportent toujours beaucoup et nous poussent à être meilleur, autant que nous nous efforçons des les y inviter. Le matin quand je me lève, chaque été quand je prépare mon année, souvent quand j’en parle, je réalise que je ne me lève pas « pour rien ». C’est un métier qui a du sens. Je suis utile, je contribue à quelque chose de plus grand, j’aime à croire que j’aide à bâtir l’avenir, même si c’est à une toute toute petite échelle.

Cela dit, j’ai aussi découvert des choses en pratiquant ce métier et qui sont tout aussi importantes. D’abord, en tant que professeur, j’apprends toujours au moins autant que j’enseigne. Bien sûr, je ne parle pas de la conjugaison du présent de l’indicatif ! Je veux dire par là que ce que nous renvoient les élèves est toujours très instructif et nous invite à approfondir tout ce que nous pensions savoir. Ensuite, c’est un métier où nous sommes obligés d’apprendre, de nous former sans cesse, pour pouvoir enseigner toujours mieux et nous adapter. Mais tout cela, c’est de l’apprentissage actif et c’est ce que j’aime. Dans l’action, nous apprenons. En mettant en place des choses que nous avons lues, ici ou là, nous apprenons. Enfin, c’est un métier qui fait la part belle à la créativité : je m’épanouis parce que je peux créer, inventer, explorer ce que personne ne semble avoir exploré jusque là (même si, au fond, quelqu’un a déjà sans doute fait la même chose ailleurs : on ne réinvente pas tout sans cesse). C’est vraiment un beau métier !

  • Si tu pouvais revenir quelques années en arrière, qu’est-ce que tu ferais autrement ?

C’est une question qui a longtemps été importante pour moi, parce que j’ai ce petit côté perfectionniste qui me pousse à chercher toujours mieux. Pourtant, j’en suis venue à la conclusion que je ne changerais rien. Au fond, chaque choix que j’ai fait, chaque évènement que j’ai vécu mais aussi chaque erreur que j’ai pu réaliser m’a menée là où je suis, dans la vie que j’ai aujourd’hui et qui me satisfait pleinement. Je ne crois pas (et je n’espère pas) avoir commis de fautes graves, qui auraient pu faire du tord à autrui, alors je ne vois rien à regretter et rien à modifier. Au fond, c’est à force de répéter aux élèves que les erreurs ne sont pas si graves en soi, qu’elles sont humaines et nous font avancer, que j’ai réalisé qu’il était temps pour moi d’appliquer ce que je leur apprenais à ma propre vie. Et franchement, on se porte mieux comme ça !

  • Est-ce que la première année est la plus difficile ? (c’est ce que tous les PES se répètent pour tenir lol)

Oui… et non ! Désolée pour les PES ! La pire année a été ma deuxième, me concernant. La faute à « pas de chance » : j’avais eu des élèves difficiles la première année, et des élèves bien pires la seconde. Parfois, ça arrive.

Je dis quand même « oui » car la quantité de travail et les exigences imposées sont très lourdes. Je donne souvent l’exemple du cahier journal (une préparation de tout ce qu’on fera dans la journée, annoté pour servir ensuite de « journal de bord »). Je me rappelle m’être entendue dire, à l’occasion d’une visite de formateur, que mon cahier journal de 12 pages pour une journée, en caractères 10 (avec une marge de 1 cm) n’était pas assez détaillé (heureusement, tous ne m’ont pas dit ça !). Je crois que c’est à ce moment que j’ai compris que même avec tous les efforts du monde, j’aurais bien de la peine à satisfaire tout le monde. La bonne nouvelle, c’est que ce cahier journal n’a absolument rien d’obligatoire ! Seulement, quand on débute, on ne nous laisse pas vraiment le choix, il faut l’avouer… et ça, ça fait quand même énormément de travail en plus ! Et même s’il n’y avait pas tout ce travail ajouté aux débutants, c’est aussi une année difficile parce qu’on découvre tout d’un coup et qu’on réalise à quel point ce qu’on nous a appris n’a qu’un lien très lointain, en général, avec ce qu’on vit. C’est un métier intense et complexe.

Cela dit, il faut quelques années (et non une) pour que ça commence à aller vraiment mieux, pour qu’on se sente vraiment à l’aise dans ce qu’on fait. Et puis, rien ne nous protège d’une année plus difficile, comme ça, en plein milieu de carrière. On n’a pas prise sur tout : certaines classes ou certaines années sont tout simplement plus dures. Cela dit, ça vaut le coup de s’accrocher car une fois qu’on a pris un peu d’aisance, le métier devient vraiment superbe et passionnant !

  • Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné au cours de ta carrière ?

Dans ma toute première école, ma directrice m’a révélé une « vérité » assez simple, mais qu’on perd vite de vue dans le feu de l’action. Cette vérité est assez simple : « Si tu as passé ta nuit à préparer, et que tu arrives en classe fatiguée, ça n’aura servi à rien. Tu seras lente, manqueras de réactivité, d’énergie, de fermeté, de patience et en plus, tu risques de ne pas réussir à suivre ce que tu auras passé tant de temps à préparer. » Au final, avant de remplir des fiches et de chercher à révolutionner la pédagogie chaque jour, il faut d’abord veiller à avoir son quota de sommeil. Nous travaillons avec des êtres humains, pas des machines, et cela exige que nous soyons en pleine possession de nos moyens. En vérité, j’arrive souvent exténuée en fin de période, malgré toutes mes précautions… cela dit, ce serait bien pire si je ne faisais pas attention ! Alors s’il y a un conseil que je ne cesse de propager, c’est celui-ci : sommeil et bonne santé avant tout ! On évolue malheureusement dans une profession où chaque enseignant se fait trop souvent passer lui-même au second plan et néglige son propre bien-être. J’ai moi-même encore des progrès à faire.

  • Qu’est-ce qui t’a motivé à tenir un blog ? Où trouves-tu l’inspiration et le temps ?

Ce qui m’a motivée ? L’admiration pour mes collègues blogueurs, si nombreux et si généreux. Paradoxalement, c’est aussi ce qui m’a empêchée de me lancer plus tôt : j’avais l’impression de n’avoir rien a apporter de plus. Cela dit, j’ai toujours aimé le web, j’ai toujours aimé construire des sites, bricoler, toucher à tout. J’aime les relations qu’on tisse, les échanges qu’on n’aurait pas pu avoir autrement. Et puis, internet est un formidable lieu d’auto-formation. C’est peut-être ce qui a fait que je n’abandonne pas l’idée de blog, finalement. J’apporte un peu de mes idées et, en échange, j’en reçois deux fois plus, de la part des visiteurs, des autres blogueurs ou tout simplement d’autres professeurs et professionnels présents sur la toile. C’est très stimulant en soi !

Quant à l’inspiration, je la trouve dans ma classe, tout simplement. J’observe un « problème », je cherche une solution et si le résultat me semble satisfaisant, je la partage. Petit à petit, j’ai aussi rédigé beaucoup d’articles pour professeurs débutants. C’est tout simplement que ceux qui débutent ont souvent énormément de questions et je me retrouvais à répéter les mêmes choses très souvent, mais jamais de manière assez complète puisque ça me prenait beaucoup de temps. J’ai donc commencé à rédiger des articles auxquels me référer ensuite, car je n’en trouvais pas beaucoup par ailleurs.

Pour parler du temps enfin, je le prends quand il y en a là, par-ci par-là, dans mon emploi du temps. Je rédige parfois un début d’article, puis je le poursuivrai en trois ou quatre fois, parfois plus. Et quand il est prêt, je le publie. Comme je n’aime pas juste fournir des documents, et que je tiens à transmettre aussi des explications, un contexte, des pistes, j’ai besoin de temps pour publier. Je ne me force pas et parfois, je n’ai tout simplement rien à partager ou à dire, ou pas le temps de le faire correctement.

  • Un message pour les lecteurs ?

Un seul seulement ? Pour tout ces gens ?! Je crois qu’on ne t’a pas prévenue que je suis exceptionnellement bavarde (si tu ne me crois pas, il suffit de regarder mes dossiers scolaires depuis ma plus tendre enfance :P). C’est en tout cas la question la plus difficile que tu me poses. Comme je n’ai pas su choisir, j’en ai deux (ça passe ?).

D’abord, de ne jamais baisser les bras. C’est simple mais vrai pour tout le monde, tout le temps. C’est vrai pour le professeur qui coince face à un problème qui semble insoluble. C’est vrai pour l’élève qui a l’impression qu’il n’y arrivera jamais. C’est vrai aussi pour le parent inquiet qui ne sait pas comment aider et soutenir son enfant. C’est aussi vrai dans des cas plus difficiles. Tout n’est jamais que passager et tout problème finit toujours par trouver sa solution, parfois même de façon inattendue et alors qu’on n’en espérait plus. Ce n’est pas le discours de quelqu’un qui a toujours eu la vie facile mais de quelqu’un qui, quand il regarde en arrière, se dit qu’il se serait épargné bien du souci à moins s’en faire pour l’avenir.

Ensuite, je dirais de ne jamais rester seul. Toutes les solutions ne peuvent pas venir de nous. Nous sommes humains, limités par la condition de notre corps mais aussi de notre esprit, qui parfois n’a tout simplement pas les connaissances suffisantes ou n’est pas en état de trouver une solution. S’entourer, faire confiance, collaborer, échanger, tout cela sont des actions qui nous aident à avancer. C’est aussi vrai dans la relation « professeur-élève » et dans celle « parent-professeur ». C’est lorsque les uns et les autres travaillent main dans la main que nous arrivons, ensemble, à faire des miracles.

J’en profite pour te remercier de cette interview, du temps que tu m’as accordée et pour cet article. Merci aussi à tous ceux qui, à un moment donné ou à un autre, sont passé sur mon blog et y ont laissé un petit message.

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5 réflexions sur “Ayleen, professeur des écoles

    1. Bon courage à toi ! Le CRPE n’est pas une petite épreuve mais, une fois passée, on finit par s’en souvenir comme d’une formalité. Le plus palpitant vient après ! Si tu as envie de faire ce métier, crois en toi et tu y arriveras 🙂

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